Les réseaux sociaux : entre étalement de sa vie privée et canal publicitaire


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Il y a plusieurs années, une amie m’a parlée de Facebook. C’était les débuts. Les débuts de ce qui allait être LE moyen de rester « en lien ». Je mets des guillemets car derrière le fait de vouloir garder contact, partager avec sa famille et ses amis, ses connaissances, il y a un effet plus pervers, plus pernicieux. Et ce n’est pas seulement sur Facebook, les réseaux sociaux de manière générale.

Le « m’as-tu vu ? » + la publicité par l’influence = bonheur parfait

De prime abord, on partage : des photos, des textes, des humeurs, des envies… mais y a-t-il une limite au partage ? Que peut-on partager ? Ses coups de cœur, ses coups de gueule ? Soit. Le premier caca d’un enfant ? Sa copine en petite tenue ? Ses moindres faits et gestes ?

Les réseaux sociaux font l’effet d’une drogue. On les regarde régulièrement. On regarde régulièrement ce que nos « amis », nos contacts, nos abonnés ont posté, on « like », on commente.

Qu’est-ce que cela nous apporte ? Du bien ? De la frustration ? De l’envie, encore plus ? Le sentiment que notre vie est moins intéressante, moins drôle ? Le sentiment de n’être pas assez à la mode, parce qu’on ne possède pas le dernier objet « tendance sur les RS », parce qu’on n’a pas le bracelet de telle ou telle marque très en vogue chez les blogueuses (obtenu grâce à des partenariats souvent). Ou contraire le sentiment d’avoir le bonheur parfait, la vie parfaite, la vie rêvée des 50000 followers qui nous suivent?

On découvre du matin au soir une déferlante d’incitations à la consommation que ce soit de vêtements, de cosmétiques, de bijoux, de décorations ou encore d’alimentation. De quoi en perdre la tête et mécontenter son banquier mais la question est : tout cela a-t-il de l’importance ? En quoi avoir, posséder la même lampe que plusieurs personnes rend-il heureux ? Est-ce un besoin ? On pourrait dire non ? Je dirai non. Pourtant, derrière cela se trouve ce besoin d’appartenance dont parle Maslow dans sa fameuse pyramide. Aujourd’hui le groupe n’est plus seulement celui qu’on se crée autour de soi, le groupe est élargi, le groupe est plus grand et il a encore plus de pouvoir. Je me demande souvent, si les personnes qui achètent cette petite chaise pour enfant qu’on voit circuler partout sur les réseaux sociaux l’achètent parce qu’elle est pratique, pas chère, parce que c’est un coup de cœur ou parce que… ça fera joli sur leur page, elles pourront ajouter le même hashtag que les autres, elles se sentiront appartenir à ce même groupe. « J’ai le même = on est pareil, on a les mêmes goûts= c’est trop cool ». Et arrivé là, on atteint le bonheur parfait. En photos en tout cas. Je fais des raccourcis rapides, peut-être. Pourtant c’est l’effet que ça fait. Je n’apprécie pas cette façon qu’utilise désormais trop de nombreuses marques pour vendre leurs produits et je déplore encore plus qu’on tombe dans le panneau.

Être sur les réseaux sociaux signifie-t-il devoir faire comme tout le monde ? Signifie-t-il taire ce que nous sommes au profit de ce que sont quelques uns ? N’y a-t-il de la place que pour les influenceurs et ceux qui veulent les suivre, littéralement ?

Quelle place pour l’originalité, l’individualité, la découverte, l’acceptation de ce qui est différent ?

On aurait tendance à croire qu’avec l’hypermédiatisation, avec l’hyperconnection au monde cela ouvre de nouvelles portes, que cela engendre l’ouverture d’esprit, l’empathie, le dialogue, des découvertes, l’exploration de sujets auxquels on n’y connait rien, dont on a jamais entendu parler…pourtant le sentiment inverse semble plus vrai.

Des sujets sensibles ou des sujets « mode » ?

Je parlais de cette incitation à la consommation plus haut, alors même que notre mode de consommation est aujourd’hui une vraie problématique. Il y a des sujets, des thématiques plus « vendeurs » que d’autres, qui vont permettre d’attirer plus de followers comme l’alimentation, la mode, l’éducation, le « zéro déchet », par exemple ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas en parler, je ne dis pas que tant mieux que les mentalités évoluent et que certains se sentent fiers de ce qu’ils mettent en place, je dis, attention à la manière et aux raisons pour lesquelles certains s’y mettent et comment ils communiquent sur ces sujets-là. La façon dont certains s’approprient ces questions sensibles à mon sens me dérange, c’est vrai car cela démontre non pas leur volonté d’avancer et une véritable implication mais plutôt ce désir d’appartenance à un groupe, disons-le clairement, qui a le vent en poupe, pour attirer toujours plus le public, faire comme les autres, faire parler d’eux. Et alors ? On s’éloigne de l’essence même ce que d’autres veulent faire passer comme message en informant réellement, en faisant des recherches pour partager leurs découvertes. On reste à la surface, dans le déjà vu et entendu. Pas par tout le monde, c’est certain et on apprend tous les jours, c’est vrai. Pourtant, je sens quelques fois ce côté moralisateur alors même que les raisons qui les poussent à s’y intéresser ne sont pas si nobles. Qu’importe ?

Se protéger et rester soi-même : un défi?

Il y a quelques mois, ce sentiment d’étouffement, de perversion ? a fait ressortir cette course, cette frénésie à l’achat, à poster les mêmes photos que beaucoup d’autres ? L’impression de retourner dans une cour d’école où il fallait à tout prix être à la mode, s’habiller comme tout le monde, avoir les mêmes idées, suivre le mouvement, pour être acceptée. Sauf qu’il y a 16 ans, je ne savais pas le faire et aujourd’hui, pas plus. J’ai même envie de dire encore moins ? Car une énergie folle pour arrêter de nager à contre-courant, aller dans mon sens, aller vers ce en quoi je crois même si cela signifie passer pour une hurluberlue, une idéaliste, une anormale. Les réseaux sociaux m’ont permis de réaliser que j’avais le choix entre être mal à l’aise en tentant de faire comme tout le monde où me sentir mal à l’aise parce que différente des autres. D’assumer, d’accepter mes doutes et balbutiements vers ce qui me semble juste, ce qui me semble le mieux, de toujours chercher, d’expérimenter, de prendre ce qui me convient tout en étant toujours en accord avec moi-même. Cela m’a conforté dans le non-jugement, dans l’accompagnement, dans le faire plutôt que le conseil, dans l’explication à ceux qui veulent comprendre, et le silence face à ceux qui ne sont pas prêts à entendre, discuter, comprendre.

J’ai compris que ce qui est pensé, dit, réalisé par une minorité à un instant T est toujours mal perçu par la majorité puis un jour la tendance s’inverse et cela devient alors une vérité absolue. En attendant, j’essaie d’être le changement que je veux voir dans le monde.

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